Baumes au cœur

L’aventurier-ère qui sommeille en vous frissonne à l’idée de découvrir de nouveaux lieux cachés à Marseille. Un bar, une galerie, un concept store ? Et pourquoi pas quelque chose d’un peu plus mystérieux, une grotte par exemple, ou une baume, comme on dit en provençal. Matthieu Mas fait un tour d'horizon des plus belles cavités marseillaises.

Sentir le frisson des ténèbres, renifler le salpêtre, frôler les stalagmites… Autant vous l’avouer tout de suite, peu de risque que vous deveniez les nouvelles Brenda, Lili et Babette et découvriez Capitaine Caverne coincé dans son bloc de glace. Ces cavités si courues au temps des Cro-Magnons ne sont plus ouvertes au public par mesure de sécurité. Elles offrent par contre l’occasion de faire de sympathiques randonnées. Car, à défaut de pouvoir y pénétrer, on peut en fin de course admirer un bel orifice, ce qui n’est jamais désagréable.

Les grottes Loubière

Direction Château Gombert ! Découvertes par hasard en 1829, les grottes Loubière, appelées aussi Baume Loubière ont vite suscité curiosité et avidité ! On a retrouvé au fil des années des objets, ossements et débris qui indiquent une occupation des lieux depuis l’âge de fer. Aucune recherche archéologique sérieuse ne sera pourtant jamais menée. Et les grottes seront même murées en 1898 afin d’éviter les rassemblements de curieux après que l’on y ait retrouvé le corps d’une fillette assassinée.
En 1930, une société foncière rachète le terrain et souhaite exploiter le site à des fins touristiques. Au cours des quinze mois que durent les travaux d’aménagement, un géologue peu scrupuleux emporte divers objets et plus de cent kilos d’ossements extraits de la grotte, dont on n’a jamais plus entendu parler. C’est dans les déblais qui avaient été jetés que l’on a pu recueillir quelques vestiges archéologiques datant de l’âge de bronze et de fer et aussi de la poterie romaine, conservés désormais au Muséum d’histoire naturelle au Palais Longchamp. L’intérêt commercial des grottes résidaient dans ses concrétions calcaires étonnantes aux noms évocateurs : le jambon, les grands orgues, les éléphants… On pouvait encore la visiter et se ressourcer au restaurant construit à l’entrée jusqu’en 1987. L’obstruction de l’entrée a été décidée par la Ville de Marseille en mars 1989 pour éviter les raves et autres occupations qui dégraderaient encore plus ces espaces. En 2022, la présidente du département annonçait vouloir les réouvrir. À suivre…

• Comment s’y rendre ? Métro La Rose – Bus 5 direction La Parade. Arrêt Grottes Loubière et un peu de marche !

Vue du dessus de la Grotte Rolland © naturamarseille.com

La grotte Rolland

Retour dans un de nos coins préférés, non loin de la campagne Pastré, au pied du parc des calanques. La baume Rolland a longtemps servi de refuge pour les hommes et les animaux sauvages. Son entrée affiche une belle ouverture en hauteur de 3 m et elle fait 130 m de longueur, mais vous ne les parcourrez pas, car elle est fermée au public à cause des nombreuses dégradations commises… Il y a des stalactites bien placés qui se perdent.
« La grotte tiendrait son nom d’un brigand du nom de Rolland qui, à la tête d’une bande, pillait et terrorisait la région au Moyen-Âge. Il aurait utilisé la grotte comme repère pour se cacher et pour entreposer son butin : il aurait amassé, paraît-il, une véritable fortune. Mais ce trésor n’a jamais été découvert…
Plus tard, au XVIIe siècle, la grotte aurait été utilisée comme lieu de cérémonie pour des rites sataniques ! Louis Gaufridy, moine de Saint-Victor et curé des Accoules, aurait notamment séduit et abusé sexuellement plusieurs bonnes sœurs, et les aurait conduites à ces messes noires. Pire, le magicien les aurait ensorcelées et, possédées par le diable, elles auraient participé à des orgies cannibales ! Louis Gaufridy fut condamné par le Parlement de Provence et brûlé vif le 30 avril 1611… »*
Fini les psychopathes, chauve-souris et insectes en sont désormais les seuls occupants. Ouf. C’est une des étapes pour découvrir le massif de Marseilleveyre avec des bonnes chaussures et de l’eau.

• Comment s’y rendre ? Bus 19 direction Madrague de Montredon, arrêt Grotte Rolland. Remonter le boulevard de la grotte Rolland. Panneau d’informations à l’entrée du Parc National des Calanques.

La grotte bleue de Morgiou

La grotte bleue

La grotte bleue de Morgiou, c’est un des secrets les plus mal gardés des calanques. Elle est après Cosquer, la plus grande des grottes semi-immergées dans les calanques, mais contrairement à sa consoeur prestigieuse, elle est accessible à la nage, par mer calme – mais la bouée licorne ne passera pas, nageurs expérimentés only. On n’y voit pas de dessins rupestres ni de trésors archéologiques, mais c’est une jolie expérience visuelle et sensorielle ! On vous conseille de vous y rendre tôt le matin pour éviter la ronde des plaisanciers en été.

• Comment s’y rendre ? Toutes les explication ici !

La grotte Cosquer

La grotte Cosquer, c’est l’équivalent de Lascaux ou de Chauvet, avec des peintures pariétales qui ont défié le temps. Les premiers habitants remonteraient à près de 23000 ans avant JC. C’est aujourd’hui une grotte dans un building en porte-à-faux à deux pas du Mucem. Enfin, une restitution, car la grotte originelle, découverte en 1991 à 37m sous la surface de la mer est inaccessible à pied depuis 9000 ans. Son entrée sous-marine est condamnée depuis quelques années par une grille pour éloigner les plongeurs curieux. Ses précieux dessins vont être complètement engloutis à cause du réchauffement climatique et de la montée des eaux. Cosquer Méditerranée nous emmène à travers la folle histoire du temps, la découverte incroyable de ses témoignages d’un temps immémorial, les recherches scientifiques… On y fera pas pipi culotte d’excitation à cause du noir, de l’eau qui monte ou de mystérieuses créatures marines, mais on en sortira moins bête.

• Comment s’y rendre : sans chaussure de randonnée ou palmes. En bus : Lignes 82 et 82s (arrêt Littoral Major ou Fort Saint-Jean)
Ligne 60 (arrêt Littoral Major ou Fort Saint-Jean)
Ligne 49 (arrêt église Saint-Laurent, Littoral Major ou fort Saint-Jean)

Sources documentaires :
Chroniques souterraines
Château Gombert
Calanques 13
Grotte Cosquer

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